Les principes de la photographie - chapitre II

La distance focale

La distance focale

La distance focale d'un objectif est, pour une mise au point sur l'infini. La distance qui sépare le verre dépoli du point principal arrière de l'objectif. Il serait trop long d'expliquer ce qu'il faut entendre par « point principal arrière » et « point principal avant » de l'objectif.

Qu'il suffise de dire qu'ils se situent habituellement très près du diaphragme, dans l'axe optique de la lentille. (Pour les téléobjectifs, le point principal arrière est situé assez loin devant l'objectif).

Il existe différentes méthodes pour déterminer, sans calculs optiques et avec une approximation suffisante, la distance focale d'un objectif. Voici une des méthodes les plus simples :

Faire une mise au point nette sur un objet éloigné, p.ex., une maison située à une centaine de mètres. Mesurer la distance entre un point donné A de la partie fixe de l'appareil et un autre point donné B de la partie mobile. La longueur obtenue sera exprimée par a. Faire ensuite la mise au point sur un objet rapproché ( 1 m p. ex.) et de grandeur connue. Mesurer la distance entre les mêmes points A et B de l'appareil. La longueur obtenue sera exprimée par b. Pour finir, mesurer la hauteur de l'image sur le verre dépoli (hauteur de l'image = h). La hauteur de l'objet, d'autre part. Étant exprimée par H, on aura comme distance focale (F) :

Exemple : La distance entre A et B est de 11 cm pour une mise au point sur l'infini, et de 15 cm pour une mise au point rapprochée. La hauteur de l'objet est de 40 cm et celle de l'image de 8 cm . Quelle sera la distance focale ?

Solution : En remplaçant les lettres ci-dessus par les valeurs correspondantes. On obtient :

La distance focale est donc de 20 cm.

La distance focale d'une lentille est généralement exprimée en centimètres, parfois aussi en dioptries. Qu'est-ce qu'on entend par dioptrie ?

La dioptrie est l'unité de pouvoir de réfraction d'une lentille dont la distance focale est égale à 1 mètre . Une lentille de f mètres de distance focale a un pouvoir de réfraction de 1/f dioptries. Le nombre de dioptries est l'inverse, la valeur réciproque, de la distance focale. En d'autres termes, le nombre de dioptries est d'autant plus grand que la distance focale est plus petite.

 

Exemple : Le pouvoir de réfraction d'une lentille de 0.20 m de distance focale est égal à 1/0.20 - 5 dioptries. Inversement, une lentille de 5 dioptries a une distance focale de 1/5 m- 0.20 m ou 20 cm .

Pour les lentilles positives (dont celles qui concentrent la lumière) on indique devant le chiffre le signe + ; dans notre exemple, nous obtenons donc + 5 D.

Le nombre de dioptries d'une lentille négative est égal à celui de la lentille positive qui neutralise exactement sa dispersion. Dans ce cas, le caractère négatif de la lentille est indiqué par le signe moins placé devant le chiffre. Une lentille négative dont la dispersion est neutralisée par une lentille positive de + 3 D p.ex., a donc un pouvoir de réfraction de - 3 D.

La grandeur de l’image

L’image est d’autant plus grande que la distance focale est plus grande.
La figure 11 représente l'agrandissement de l'image obtenu par le doublement de la distance focale. Comme on le voit clairement dans la figure, la même surface (EFGH - ABCD) reproduit le quart seulement du sujet, EFGH reçoit par conséquent 4 fois moins de lumière que ABCD, et devra, pour une ouverture absolue égale (toutes autres conditions restant égales), subir une exposition quatre fois plus longue.

Pour une distance focale triplée, l'image sera 3 X 3- 9 fois plus grande, etc.

En conséquence : La surface de l'image est directement proportionnelle au carré de la distance focale.

Pour compenser la perte de lumière, l'objectif devra être rendu plus lumineux ; c'est ainsi que, pour un agrandissement de n fois la distance focale, le diamètre de l'ouverture utile la plus grande devra aussi être augmenté n fois.

 

Fig. Il.

On peut aussi considérer la chose de la façon suivante : Nous avons vu que EFGH recueille quatre fois moins de lumière que ABCD, car pour recevoir une étendue équivalente du sujet sur notre verre dépoli, celui-ci devrait être quatre fois plus grand. Dans ce cas, la quantité totale de lumière répartie sur ABCD serait projetée sur une surface égale à A'B'C'D'. Or A'B'C'D' étant quatre fois plus grand que EFGH (lequel est égal à ABCD) nous pouvons dire qu'à ouverture absolue égale, une lentille à double distance focale est quatre fois moins lumineuse.

De même, nous pouvons dire qu'une lentille avec une distance focale trois fois plus grande est 3 X 3- 9 fois moins lumineuse et qu'une autre avec une distance focale quatre fois plus grande est 4 X 4- 16 fois moins lumineuse.

Tout cela peut être résumé dans la formule suivante : la luminosité d'une lentille est en raison inverse du carré de la distance focale.

Distance et tirage de l'appareil

A propos de la distance focale, il faut noter aussi que les rayons lumineux qui atteignent la lentille, ne se croisent dans le plan du foyer que lorsqu'ils émanent d'un sujet situé à l'infini. Plus le sujet à reproduire est rapproché de la lentille, plus le tirage doit être allongé pour obtenir encore une image nette, étant donné que l'image se forme alors au delà du foyer.

La fig. 12 montre comment se forme l'image. L représente le plan de la lentille, P le sujet, f le foyer et B l'image. La distance entre le sujet et le plan de la lentille s'appelle distance du sujet et la distance entre l'image et le plan de la lentille s'appelle distance de l’image.

Si la distance du sujet est exactement égale à deux fois la distance focale, le sujet est représenté en grandeur naturelle. La distance entre l'image et le point principal arrière (en fait le plan de la lentille) est alors égale aussi à deux distances focales.

Dans les objectifs doubles ordinaires, les deux points principaux se rencontrent pratiquement au point central du diaphragme. C'est ce que nous appelons ci-dessus le plan de la lentille.

S'agit-il p. ex. d'obtenir une image n fois plus grande que le sujet, la distance de l'image sera n + 1 fois la distance focale. La distance du sujet est égale à la distance de l'image divisée par n ou

Exemple : On veut obtenir une image 2z fois plus grande que le sujet avec un objectif de 21 cm . de distance focale. Dans ce cas, la distance de l'image comportera (2z + 1) X 21 = 73,5 cm et la distance du sujet


Si, d'autre part, on veut obtenir une image réduite n fois par rapport au sujet, la distance du sujet est au contraire égale à n + 1 distances focales et la distance de l'image correspondra à

Angle de champ

Avec un objectif monté sur un grand appareil pourvu d'un verre dépoli, on voit, en ouvrant l'obturateur, apparaître sur ce verre dépoli un cercle où se dessine l'image. Ce cercle est le champ optique de l'objectif. Faisons une mise au point sur l'infini avec pleine ouverture (p. ex. sur une tour d'église située à 300 m ) et examinons attentivement  l'image projetée sur le verre dépoli. Nous remarquons
1° que la clarté de l'image décroît progressivement vers le bord.
2° que la netteté s'affaiblit dans le même sens.

Or, il va de soi que l'on cherche habituellement à obtenir une image qui soit également claire et nette sur toute sa surface.

Le cercle - appelé cercle limite d'image nette - répondant à cette condition est notablement plus petit que celui qui apparaît sur le verre dépoli.

C'est le diamètre de ce cercle qui détermine la diagonale de la pellicule ou de la plaque à employer, donc le format maximum (voir fig. 13).
La grandeur de l'image ainsi obtenue et la distance focale de l'objectif sont les deux éléments qui déterminent l'angle de champ ou angle du champ nettement couvert.

fig. 13

L'angle de champ est l'angle sous lequel les rayons qui passent par le point central optique de l'objectif viennent former l'image.

Notons par parenthèse que la valeur de cet angle dépend aussi du diaphragme.
A une ouverture relativement petite correspond un cercle limite d'image nette plus étendu. C'est ce qui explique que pour les objectifs des professionnels on indique deux angles de champ: un pour la pleine ouverture du diaphragme et un autre pour les petites ouvertures.

On peut dire d'une façon générale que mieux l'objectif est corrigé au point de vue des aberrations chromatiques et de sphéricité, de l'astigmatisme, de la courbure de champ etc., plus le cercle d'image nette sera étendu. Un anastigmat a donc un angle de champ plus grand que l'aplanétique ordinaire équivalent.

Pour trouver l'angle de champ, on pourra procéder comme suit : Tracer une ligne A B (voir fig. 14) égale à la diagonale du format maximum utile de l'image et, partant du milieu de A B, élever une perpendiculaire C D égale à la distance focale de l'objectif. Tracer ensuite les lignes A C et B C. L'angle A C B est égal à l'angle de champ. Cet angle peut être mesuré à l'aide d'un rapporteur (demi-cercle gradué).

fig. 14

Dans les objectifs ordinaires, à tous usages, l'angle de champ est généralement de 50" environ. La distance focale est dans ce cas à peu près égale à la diagonale du matériel négatif. Dans les objectifs à portrait, qui réclament une meilleure perspective, l'angle de champ est plus petit, savoir 35" environ. En revanche, il ira jusque 85°, 90", voire 100", dans les objectifs grands angulaires. Nous donnons ci-dessous un graphique qui permet de déterminer très facilement les angles de champ pour les distances focales et les formats les plus usuels.

On place une règle sur le chiffre de gauche qui correspond au diamètre de l'image
(diagonale du format de la pellicule ou de la plaque) et à droite, sur le chiffre qui indique la distance focale. L'angle de champ sera indiqué à l'intersection de la règle et de l'échelle graduée du milieu.

Source du document: Manuel de photographie Gevaert, édition 1949

 

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